Monde 2.0 : le porteur d’eau et le journaliste

On s’interroge sur certains métiers dont les fondements sont en passe d’être annihilés. On débat pour savoir si ils vont disparaître, ou simplement évoluer. Mais quelle est exactement la différence entre « disparaître » et « évoluer » ? Pensez à l’évolution : est-ce que ce n’est pas le mécanisme qui a fait disparaître le plus de choses ? Si l’homme a juste évolué, l’homo erectus a lui bien disparu pour laisser la place au Sapiens Sapiens.

Donc lorsque l’on s’interroge sur l’avenir des métiers de l’information, il serait judicieux de faire preuve de probité dans les termes que l’on emploie. Pourquoi se borner à jouer sur les mots : « les journalistes ne vont pas disparaître, leur métier va évoluer », à la lumière de ce que j’ai énoncé plus haut, cette phrase apparaît comme absurde. Pour illustrer tout cela j’aime assez l’exemple des porteurs d’eau présents dans toutes les grandes villes de France, et qui ont fini par disparaître au début du 20ème. L’individu qui vient nous expliquer que le métier de journaliste va changer et pas disparaître, c’est comme s’il expliquait aux porteurs de seaux d’eau et aux responsables du maintien des canalisations qu’ils ont le même métier. Il confond le but de la tâche et le travail lui-même… Si dans les deux cas on veut transporter de l’eau vers le consommateur, le moyen employé est si différent que ce sera une vaine entreprise que d’expliquer à l’ouvrier de la Lyonnaise des eaux que son métier a juste « évolué » par rapport à celui de porteur d’eau.

Cette analogie avec le porteur d’eau et le journaliste fonctionne aussi très bien dans le sens ou elle illustre ce à quoi risque de ressembler les métiers de l’information dans un futur proche. Dans le schéma actuel, la presse a opté pour le tout gratuit et n’arrive que difficilement à faire un retour en arrière. Elle doit donc obéir au Diktat de la publicité… La valeur des articles proposés se mesure donc presque exclusivement en termes d’audience. La conséquence directe d’un tel fonctionnement, c’est que toute la presse obéissant aux mêmes impératifs, les contenus se sont aplanis et uniformisés. Visitez le site de l’Express, celui du Nouvel Obs puis celui du Point : il n’y a pas grande différence. Idem avec le Monde et Libération. L’info y est traitée de façon à peu près de façon équivalente, la qualité prévalant étant la rapidité de mise en ligne des dépêches.

En parallèle à tout ça, des blogs offrent des contenus très riches. Des sites de bookmarking communautaires permettent de débusquer des posts intéressants en l’espace de trois clics. Tout un modèle est à repenser, la concurrence actuelle de la presse traditionnelle est intense et protéiforme : on pourrait en effet énumérer un bon nombre d’outils qui permettent de d’informer mieux et « gratuitement ». Que reste-t-il aux vieux acteurs ? Peu de chose…des plateformes au contenu généré par des utilisateurs se forment aussi une réputation et une image solide. Avoir une mythologie et représenter quelque chose dans la tête des gens, c’est un avantage des anciens qui ne durera pas. Le porteur d’eau aussi avait un capital sympathie… Libération peut bien éditer un gros livre tout beau avec ses « Unes légendaires » mais bon… Est-ce que c’est la manifestation d’une marque de fabrique inimitable ? Ou bien ne fait-on qu’assister à un dégoulis de nostalgie gênante ?

Je parle ici de la presse…mais on le verra avec l’entreprise ou le livre : la révolution à l’oeuvre n’annonce rien de bon pour les vieux players.

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